Ambition et coupe budgétaire ne font pas bon ménage

 

Fin juillet, le voile a été levé sur la nouvelle déclaration de politique communautaire. Une déclaration importante puisqu'elle annonce la couleur des 5 prochaines années pour l’enseignement ... tout du moins en théorie. Car quelques jours plus tard, le couperet est tombé : il faudra économiser 140 millions en 2015 et 280 millions en 2016. Dès lors, cette DPC pose question à bien des égards et soulève quelques inquiétudes.

Tout d'abord, comme nous l’avons déjà souligné la semaine dernière, tous les élèves de rétho de la Fédération Wallonie-Bruxelles devront passer l'équivalent du bac français, en fin d'année, afin de pouvoir accéder aux études supérieures de leur choix. Il ne sera pas tenu compte des filières que chaque élève aura choisies puisqu’il s'agira d'épreuves communes dans toutes les matières testées.


Le tronc commun sera allongé jusqu’à la fin de la 3ème secondaire, il devrait être plus polytechnique et permettre l’orientation positive vers les filières qualifiantes. Une initiative qui laisse le CEF plutôt perplexe, étant donné que les cours qui seront ajoutés au cursus général seront « scientifiques, techniques et technologiques ». Dès lors comment mettre en valeur les métiers manuels et permettre un choix réel pour les élèves, quand ceux-ci n'auront jamais pu, expérimenter de près ou de loin ces professions ?


Une des mesures les plus détaillées dans cette DPC, est justement la revalorisation des filières qualifiantes. Pour la nouvelle majorité, cela passe surtout par un renforcement des liens entre l'école et l'entreprise. Afin de mieux coller aux standards et aux exigences actuels, les professionnels des secteurs concernés viendront ainsi dans les classes afin d'informer les jeunes sur les réalités du terrain. La première chose qui nous a frappés dans ce volet, est le peu de place accordé à la pédagogie ou à la transmission de savoirs. L'avenir et le développement de l'enseignement professionnel sont envisagés à travers des techniques de management. Or s'il est indéniable que les stages en entreprises représentent une véritable plus-value pour les élèves, ils doivent être encadrés par des règles claires. Les sociétés, qu'elles soient publiques ou privées, ne peuvent voir en ces jeunes une main d'œuvre gratuite. Le CEF s'inquiète de voir le privé s'ingérer dans le bon fonctionnement de l’école. Les risques de dérives de patrons peu scrupuleux, intervenant pour faire leur publicité, sont bien réels.


Pour ce qui s'annonce comme le positif de cet accord nous notons le souhait du Gouvernement de développer la remédiation immédiate et de créer en urgence de nouvelles places dans les écoles. Pour ce faire, 750 profs devraient être engagés afin d'assurer le soutien scolaire et réduire ainsi le redoublement et 20 millions devraient être dégagés pour faire face au boom démographique surtout dans les communes les plus demandeuses. Si nous ne pouvons qu'applaudir ces mesures, nous restons toutefois méfiants : aucun calendrier n'a été établi, les propositions restent très vagues mais surtout nous nous interrogeons sur comment ces projets vont être financés à l'heure où l'austérité est annoncée comme seule réponse à beaucoup de questions. Idem pour l'heure d'étude gratuite pour tous les élèves du primaire imaginée par le gouvernement : une jolie promesse qui risque bien de rester couchée dans cette déclaration, faute de financements.


La seule mesure qui nous semble tangible est la création d'un cours commun d'éducation à la citoyenneté. Ouvrir les jeunes à la société et à ses enjeux est une des plus grandes priorités du CEF. Nous saluons donc l’initiative même si une heure par semaine, nous semble peu. Le gouvernement veut également « associer les élèves à ce pacte afin qu'ils puissent être entendus sur leurs préoccupations à l'école ». Un engagement pris depuis 1997, mais peu respecté dans les faits, avec la création du Décret Missions et de son volet sur la participation. Nous veillerons donc à ce que la voix des jeunes soit entendue lors de cette mandature.


Pour le CEF, ce qui s'annonce comme le plus gros point faible de la DPC, est sans conteste le manque d'engagement pour améliorer la gratuité scolaire et permettre un enseignement de qualité pour tous. Les timides dispositions envisagées, sont bien éloignées des promesses électorales. Les repas et les garderies gratuites ont fait place à des idées beaucoup moins ambitieuses. L'instauration de plafonds clairs pour les voyages et les excursions ne sont, quant à eux, même pas évoqués. Si tout un chapitre est consacré à l'égalité des chances et des acquis, les termes sont flous et les propositions avancées manquent d’implication. Le gouvernement « veillera », « encouragera », « souhaite »... mais ne mettra rien en place de concret pour relancer l’ascenseur social.


Pour Marie-Martine Schyns, Ministre sortant de l'Enseignement Obligatoire, la DPC est « ambitieuse et créative ». Ce à quoi elle ajoute, « La créativité, c'est justement dans les difficultés qu'on la reconnait ». Le CEF aurait plutôt tendance à penser qu'à force de raboter les budgets, la créativité est en péril et donc l'enseignement aussi.

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