Les grèves, ça sert à quoi ?

Depuis plusieurs mois, et surtout ces dernières semaines, on parle beaucoup de grève, de ce que c’est, de ce que ça implique. Mais en fait, c’est quoi une grève ? Pourquoi il y en a ? Quel est l’objectif ? À quoi ça sert ? Prise d’otage ou droit fondamental ? Le CEF t’aide à y voir clair ! 

 

D’où vient le mot grève ?

Au départ, la Grève était une place, à Paris, où se rassemblaient les gens qui n’avaient pas de travail, pour que les employeurs sachent où chercher s’ils voulaient embaucher des gens.  

 

C’est quoi une grève ?

C’est un arrêt de travail de plus ou moins longue durée, décidé par les travailleurs, pour donner plus de poids à des revendications adressées à leur employeur et le forcer à négocier avec eux quand la concertation sociale a échoué. La concertation sociale, ce sont tous les mécanismes prévus pour le dialogue et la concertation entre les représentants des travailleurs (les syndicats) et les représentants des employeurs.

 

En effet, si l’employeur veut demander quelque chose à ses employés (par exemple, « j’aimerais que vous fassiez plus d’heures de travail »), il a un moyen de pression simple : soit les travailleurs le font, soit ils sont renvoyés et d’autres gens, qui accepteront ces conditions, seront engagés.

 

Par contre, si les travailleurs veulent quelque chose (par exemple, « on aimerait avoir plus de jours de congé ») et que le patron n’est pas d’accord, que se passe-t-il ? Les travailleurs menacent de s’en aller ? Il engagera d’autres gens, il y a tant de personnes qui n’ont pas de travail ! Alors les travailleurs ont pensé à faire grève : si l’entreprise ne tourne pas, l’employeur sera ennuyé. Très ennuyé ! Et plus cela dure, plus il sera ennuyé. L’objectif est qu’il soit tellement ennuyé, qu’il veuille tellement que ses travailleurs se remettent au boulot, qu’il accepte d’écouter les demandes des travailleurs. Il s’agit donc d’un moyen pour rétablir collectivement un certain équilibre dans la relation employeur-travailleur, le premier ayant beaucoup plus de pouvoir que les seconds.

 

Un peu d’histoire…

Les mouvements de grèves ont commencé au 19ème siècle, surtout dans les entreprises privés (le secteur public était interdit de grève). Les grèves étaient alors sévèrement réprimées : licenciements, travailleurs blessés et même tués ! La grève est aussi employée pour des revendications politiques, comme le suffrage universel au début du 20ème siècle. En 1936, grâce aux grèves syndicales en front commun, les travailleurs se voient octroyer des congés payés pour la première fois. Le repos le dimanche, l’interdiction de faire travailler les enfants et l’obligation de les envoyer à l’école, le droit de vote des femmes, … Autant de droits qui nous semblent maintenant normaux, mais qui ont été acquis grâce aux mouvements sociaux, et notamment des travailleurs, pour améliorer leur quotidien.

 

Existe-t-il un droit de grève ?

Deux textes internationaux proclament officiellement le droit de grève : la Charte sociale européenne du 18 octobre 1961, puis le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels du 19 décembre 1966. La Belgique avalisera le Pacte par la loi du 15 mai 1981 qui limite l’exercice de la grève à la police, l’armée et certains fonctionnaires et elle ratifiera la Charte de 1961 en juillet 1990. 

 

Au-delà de ces dispositions internationales, le droit belge ne définit pas le droit de grève. Ce dernier est donc plutôt régit par le droit du travail, le droit de se rassembler, la liberté d’expression, … Il existe cependant des modalités qui encadrent la tenue d’une grève : prévenir qu’il y aura grève avec les modalités globales, dans un certain délai, fait partie des balises négociées avec les syndicats. 

 

Une grève, c’est toujours la même chose ?

Non ! Il existe plein de formes de grèves différentes, qui se sont développées au fil du temps. Ainsi, on peut parler de :

Grève générale : c’est une grève qui unit la grande majorité des travailleurs d’un pays, autour de revendications générales.

Grève surprise : grève sans qu’un préavis ait été déposé au préalable.

Grève sauvage : grève décidée par les travailleurs, sans consigne syndicale. 

Grève tournante : grève qui enchaîne des mini-grèves successives dans des endroits, secteurs, ateliers différents. De cette manière, les effectifs ne sont jamais au complet, mais ce n’est jamais la paralysie totale et cela limite les pertes de salaire.

Grève du zèle : les travailleurs respectent toutes les consignes et règlements à la lettre, de manière à ralentir le plus possible leur travail.

Piquet de grève : un groupe de grévistes bloque ou réduit l’accès au lieu de travail pour empêcher les autres salariés d’aller travailler.

 

Pourquoi une grève ?

Il n’y a pas une seule et bonne raison de faire grève ! Chaque mouvement à ses motivations, qu’il est important de connaître avant de juger l’action positivement ou négativement. Il existe plusieurs moyens de savoir pourquoi une grève a lieu. Tout d’abord, les médias parlent généralement d’une grève quand elle a lieu. Attention cependant à ne pas se limiter aux embarras de circulation que cause un mouvement, et à tenir compte d’enjeux parfois indirects qu’à tel ou tel média pour défendre son avis. Ensuite, les syndicats communiquent sur les mouvements de grève des travailleurs. Les sites internet et page Facebook des syndicats peuvent donc aussi constituer une bonne source. Enfin, si tu passes devant un piquet de grève ou que tu croises des gens avec des signes d’appartenance à un syndicat à l’origine de la grève, n’hésite pas non plus à leur demander poliment pourquoi ils font grève. Les travailleurs mobilisés sont en général plus que contents de pouvoir partager les raisons de leur colère !

 

La grève c'est sympa, on ne travaille pas, on boit des bières et on fait des barbecues ?

On peut régulièrement lire, voir ou entendre que les grévistes veulent juste faire un barbecue et boire des bières au lieu de travailler, et que cela constitue le motif principal de leur action. Il est important de se rappeler qu’un travailleur n’est pas payé par son employeur durant les jours de grève. Il peut recevoir une indemnité symbolique de son syndicat, s’il est syndiqué ! Cela ne couvre cependant qu’une faible partie du salaire, si et seulement si le syndicat a marqué son accord quant à la grève. De plus, il n’est pas rare que des incidents se produisent les jours de grève, comme des altercations entre grévistes et non-grévistes, verbales ou physiques, qui rendent cette pratique beaucoup moins agréable que ce que l’on ne pourrait le croire.

 

Quelques grandes grèves en Belgique

Pour finir, voici un petit rappel des acquis obtenus grâce aux mouvements sociaux. Parce que c’est vrai que la grève, ça ne fonctionne pas toujours, mais qu’il faut garder en tête ce que l’Histoire nous a appris.

 

1886 : grèves ouvrières massives à travers toute la Wallonie. Suite à cela, plusieurs lois sont adoptées, notamment sur le travail des femmes et des enfants, sur les salaires, sur la sécurité et la santé des ouvriers, sur la création des conventions collectives, ... 

 

Avril 1902 et 1913 : grèves générales pour l'instauration du suffrage universel. Ce n'est qu'en 1919 qu'il sera acquis (pour les hommes uniquement).

 

Hiver 1960-1961 : grève générale. Plus d'un million de personnes font grève contre la « loi unique », un programme d’austérité qui touche les services publics et le secteur privé. Plusieurs personnes meurent lors d'affrontements avec la police. La loi unique passera quand même...

 

Printemps 1986 : grèves contre les politiques d'austérité du Gouvernement Martens VI. Des centaines de milliers de travailleurs descendent manifester dans les rues.

 

Février à juin 1996 : grève massive dans l'enseignement à travers toute la Communauté française. Les élèves n'auront cours pendant plusieurs mois car les professeurs, rejoints par les élèves et les étudiants du supérieur s'opposent aux mesures d'économie prévues dans l'enseignement (3.000 profs en moins! ) et réclament son refinancement. L'enseignement et l'ensemble des politiques de la Communauté française ne seront refinancés (en partie) qu'au début des années 2000.

 

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