Les positions du CEF

Dans cette partie, tu retrouveras toutes les positions prises par le CEF


Les grèves, ça sert à quoi ?

Depuis plusieurs mois, et surtout ces dernières semaines, on parle beaucoup de grève, de ce que c’est, de ce que ça implique. Mais en fait, c’est quoi une grève ? Pourquoi il y en a ? Quel est l’objectif ? A quoi ça sert ? Prise d’otage ou droit fondamental ? Le CEF t’aide à y voir clair ! 

 

D’où vient le mot grève ?

Au départ, la Grève était une place, à Paris, où se rassemblaient les gens qui n’avaient pas de travail, pour que les employeurs sachent où chercher s’ils voulaient embaucher des gens.  

 

C’est quoi une grève ?

C’est un arrêt de travail de plus ou moins longue durée, décidé par les travailleurs, pour donner plus de poids à des revendications adressées à leur employeur et le forcer à négocier avec eux quand la concertation sociale a échoué. La concertation sociale, ce sont tous les mécanismes prévus pour le dialogue et la concertation entre les représentants des travailleurs (les syndicats) et les représentants des employeurs.

 

En effet, si l’employeur veut demander quelque chose à ses employés (par exemple, « j’aimerais que vous fassiez plus d’heures de travail »), il a un moyen de pression simple : soit les travailleurs le font, soit ils sont renvoyés et d’autres gens, qui accepteront ces conditions, seront engagés.

 

Par contre, si les travailleurs veulent quelque chose (par exemple, « on aimerait avoir plus de jours de congé ») et que le patron n’est pas d’accord, que se passe-t-il ? Les travailleurs menacent de s’en aller ? Il engagera d’autres gens, il y a tant de personnes qui n’ont pas de travail ! Alors les travailleurs ont pensé à faire grève : si l’entreprise ne tourne pas, l’employeur sera ennuyé. Très ennuyé ! Et plus cela dure, plus il sera ennuyé. L’objectif est qu’il soit tellement ennuyé, qu’il veuille tellement que ses travailleurs se remettent au boulot, qu’il accepte d’écouter les demandes des travailleurs. Il s’agit donc d’un moyen pour rétablir collectivement un certain équilibre dans la relation employeur-travailleur, le premier ayant beaucoup plus de pouvoir que les seconds.

 

Un peu d’histoire…

Les mouvements de grèves ont commencé au 19ème siècle, surtout dans les entreprises privés (le secteur public était interdit de grève). Les grèves étaient alors sévèrement réprimées : licenciements, travailleurs blessés et même tués ! La grève est aussi employée pour des revendications politiques, comme le suffrage universel au début du 20ème siècle. En 1936, grâce aux grèves syndicale en front commun, les travailleurs se voient octroyer des congés payés pour la première fois. Le repos le dimanche, l’interdiction de faire travailler les enfants et l’obligation de les envoyer à l’école, le droit de vote des femmes, … Autant de droits qui nous semblent maintenant normaux, mais qui ont été acquis grâce aux mouvements sociaux, et notamment des travailleurs, pour améliorer leur quotidien.

 

Existe-t-il un droit de grève ?

Deux textes internationaux proclament officiellement le droit de grève : la Charte sociale européenne du 18 octobre 1961, puis le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels du 19 décembre 1966. La Belgique avalisera le Pacte par la loi du 15 mai 1981 qui limite l’exercice de la grève à la police, l’armée et certains fonctionnaires et elle ratifiera la Charte de 1961 en juillet 1990. 

 

 

Au-delà de ces dispositions internationales, le droit belge ne définit pas le droit de grève. Ce dernier est donc plutôt régit par le droit du travail, le droit de se rassembler, la liberté d’expression, … Il existe cependant des modalités qui encadrent la tenue d’une grève : prévenir qu’il y aura grève avec les modalités globales, dans un certain délai, fait partie des balises négociées avec les syndicats. 

 

 

Une grève, c’est toujours la même chose ?

Non ! Il existe plein de formes de grèves différentes, qui se sont développées au fil du temps. Ainsi, on peut parler de :

Grève générale : c’est une grève qui unit la grande majorité des travailleurs d’un pays, autours de revendications générales.

Grève surprise : grève sans qu’un préavis ait été déposé au préalable.

Grève sauvage : grève décidé par les travailleurs, sans consigne syndicale. 

Grève tournante : grève qui enchaine des mini-grèves successives dans des endroits, secteurs, ateliers différents. De cette manière, les effectifs ne sont jamais au complet, mais ce n’est jamais la paralysie totale et cela limite les pertes de salaire.

Grève du zèle : les travailleurs respectent toutes les consignes et règlements à la lettre, de manière à ralentir le plus possible leur travail.

Piquet de grève : un groupe de grévistes bloque ou réduit l’accès au lieu de travail pour empêcher les autres salariés d’aller travailler.

 

Pourquoi une grève ?

Il n’y a pas une seule et bonne raison de faire grève ! Chaque mouvement à ses motivations, qu’il est important de connaître avant de juger l’action positivement ou négativement. Il existe plusieurs moyens de savoir pourquoi une grève a lieu. Tout d’abord, les médias parlent généralement d’une grève quand elle a lieu. Attention cependant à ne pas se limiter aux embarras de circulation que cause un mouvement, et à tenir compte d’enjeux parfois indirect qu’à tel ou tel média pour défendre son avis. Ensuite, les syndicats communiquent sur les mouvements de grève des travailleurs. Les sites internet et page Facebook des syndicats peuvent donc aussi constituer une bonne source. Enfin, si tu passes devant un piquet de grève ou que tu croises des gens avec des signes d’appartenance à un syndicat à l’origine de la grève, n’hésite pas non plus à leur demander poliment pourquoi ils font grève. Les travailleurs mobilisés sont en général plus que contents de pouvoir partager les raisons de leur colère !

 

La grève c'est sympa, on ne travaille pas, on boit des bières et on fait des barbecues ?

On peut régulièrement lire, voir ou entendre que les grévistes veulent juste faire un barbecue et boire des bières au lieu de travailler, et que cela constitue le motif principal de leur action. Il est important de se rappeler qu’un travailleur n’est pas payé par son employeur durant les jours de grève. Il peut recevoir une indemnité symbolique de son syndicat, s’il est syndiqué ! Cela ne couvre cependant qu’une faible partie du salaire, si et seulement si le syndicat a marqué son accord quant à la grève. De plus, il n’est pas rare que des incidents se produisent les jours de grève, comme des altercations entre grévistes et non-grévistes, verbales ou physiques, qui rendent cette pratique beaucoup moins agréable que ce que l’on ne pourrait le croire.

 

Quelques grandes grèves en Belgique

Pour finir, voici un petit rappel des acquis obtenus grâce aux mouvements sociaux. Parce que c’est vrai que la grève, ça ne fonctionne pas toujours, mais qu’il faut garder en tête ce que l’Histoire nous a appris.

 

1886 : grèves ouvrières massives à travers toute la Wallonie. Suite à cela, plusieurs lois sont adoptées, notamment sur le travail des femmes et des enfants ; sur les salaires ; sur la sécurité et la santé des ouvriers ; sur la création des conventions collectives, ... 

 

Avril 1902 et 1913 : grèves générales pour l'instauration du suffrage universel. Ce n'est qu'en 1919 qu'il sera acquis (pour les hommes uniquement)

 

Hiver 1960-1961 : grève générale. Plus d'un million de personnes font grève contre la « loi unique », un programme d’austérité qui touche les services publics et le secteur privé. Plusieurs personnes meurent lors d'affrontements avec la police. La loi unique passera quand même...

 

Printemps 1986 : Grèves contre les politiques d'austérité du Gouvernement Martens VI. Des centaines de milliers de travailleurs descendent manifester dans les rues.

 

Février à juin 1996 : grève massive dans l'enseignement à travers toute la Communauté française. Les élèves n'auront cours pendant plusieurs mois car les professeurs, rejoints par les élèves et les étudiants du supérieur s'opposent aux mesures d'économie prévues dans l'enseignement (3.000 profs en moins! ) et réclament son refinancement. L'enseignement et l'ensemble des politiques de la Communauté française ne seront refinancés (en partie) qu'au début des années 2000.

Le CEF souhaite rappeler le rôle essentiel que les élèves ont à jouer au sein de l’enseignement et de ses structure

Suite à la démission de Joëlle Milquet, de nombreuses questions émergent quant à la poursuite des dossiers en cours, mais aussi par rapport à l’implication – récente – des élèves dans les discussions entre acteurs de l’éducation. En effet, le processus de consultation des élèves amorcé par le Comité des Élèves Francophones en novembre 2015 dans le cadre du Pacte pour un Enseignement d’Excellence constituait une grande première dans l’enseignement obligatoire francophone. Des milliers d’élèves du secondaire ont ainsi donné leur avis sur des sujets touchant à l’enseignement : les rythmes scolaires, la formation des enseignants, la démocratie à l’école, le contenu des cours,… Autant de thématiques bien loin des traditionnelles tâches attribuées habituellement aux élèves comme le ramassage des papiers !

 

Au-delà des nombreuses questions que suscitent l’incertitude autour du nom de celle ou celui qui viendra à reprendre le poste de Joëlle Milquet, le CEF tient ainsi à rappeler que la dynamique d’implication des élèves engagée ces derniers mois est précieuse et que, forts de leur reconnaissance comme acteurs de l’école au même titre que les autres acteurs traditionnellement consultés, les élèves veulent continuer à s’exprimer sur les questions qui les concernent, et comptent bien sur le/la nouveau/nouvelle Ministre de l’Education pour prendre l’habitude d’écouter ce que les élèves ont à dire.

 

 

Les élèves continueront de revendiquer que leur parole soit prise en compte, le CEF espère vivement que le/la nouveau/nouvelle Ministre de l’Education comprendra la nécessite de nous écouter, de promouvoir l'engagement politique de la jeunesse et de prendre en considération l’avis des élèves sur toutes les questions qui les concernent.


Appel de la Jeunesse à continuer la construction d'une société démocratique et solidaire

Le vendredi 13 a soulevé sidération, effroi, rage et surtout incompréhension. Comment parvient-on à une telle ignominie ? Qui est assez blessé ou malheureux pour agir de la sorte ? Quels motifs peuvent mobiliser un tel déchaînement ? Quelle humanité anime les coupables ?


Les questions s’enchaînent et la plupart ne peuvent pas trouver de réponse. Pour autant nous ne sommes pas sans ressources pour comprendre pourquoi de tels faits ont eu lieu ni comment réagir.


Il faut d’abord relever pourquoi cet événement nous tétanise à ce point, et non pas les victimes des guerres actuelles. Pourquoi cet attentat nous touche et non pas celui de Beyrouth, un jour plus tôt. La réponse tient essentiellement en deux mots : identification et médiatisation. Cela s’est passé chez nous, nous aurions pu y être. Nous étions au concert au Forum ou à l’AB, nous assistions à un match de football international au stade Roi Baudouin, nous sortions tranquillement Place du vieux marché ou dans le Carré. Les victimes étaient nos voisins, nous étions avec eux, nous parlions avec eux.


"La motivation de ses auteurs est pour partie politique"


La violence outrancière et la proximité de cette attaque nous émeuvent, au point de presque nous submerger et nous aveugler. Nous devons garder en mémoire qu’elle n’est "que" de nature criminelle. Elle est marginale. Elle est ponctuelle. Au quotidien, nous vivons dans la tranquillité et la quiétude. Nos pays continuent de fonctionner normalement.


Pourtant, la motivation de ses auteurs est pour partie politique. Le parcours des terroristes mêle généralement des difficultés personnelles, voire des fragilités psychologiques, et des environnements sociaux anxiogènes (chômage, décrochage, discrimination à l'embauche, criminalité, guerre). Sur ce terreau vient se couler une utopie idéologique qui leurs promet un avenir meilleur, une ascension personnelle, un épanouissement, une occasion de faire changer les choses, jusque dans l’au-delà. Mais cette motivation politique n’est qu’un catalyseur d’un contexte lui-même violent.


Pointer ces éléments nous permet de comprendre l’importance de ce contexte. Cela n’excuse en rien les individus concernés: avec les mêmes caractéristiques sociologiques, d’autres s’engagent dans la construction d’un avenir meilleur. Certes, la police doit pouvoir anticiper ces faits et y réagir. Malheureusement, une réaction de type sécuritaire ne nous conduira qu’à d’autres actes de ce type. Ce ne serait qu’une spirale, une ascension réciproque. Si nous ne changeons pas le terreau, les mêmes plantes continueront à pousser.


La cohésion sociale


Il est donc absolument nécessaire d’aussi améliorer et parfois de construire la cohésion sociale, en tenant compte des places de chacun, aujourd’hui, parfois tellement loin de ce qui fait société. Il est nécessaire de travailler, chez nous et dans les pays tiers, à des démocraties plus participatives, plus solidaires, plus égalitaires, plus fraternelles. Il est nécessaire de disposer d’une éducation pointue, adaptée aux capacités de chacun et surtout davantage accessible. Le travail comme les revenus doivent être davantage partagés qu’aujourd’hui.


Les mécanismes d’exclusion du chômage, particulièrement des jeunes, doivent être radicalement revus. Nous ne pouvons en effet accepter que de tels mécanismes institutionnels conduisent à de l’exclusion et, de facto, au repli identitaire ou au rejet de l'autre. Le système de santé peut être amélioré et être plus accessible. Les politiques fiscales doivent être plus justes et plus équitables. De nombreux acteurs sociaux et politiques œuvrent en ce sens, il faut continuer, accentuer et intensifier les actions comme les moyens permettant de travailler à construire cette société enfin véritablement démocratique et solidaire.


Au quotidien, au sein du secteur de la jeunesse, nous nous battons pour une société ouverte où chacun trouve sa place. Nous travaillons avec des jeunes et des enfants de tous milieux afin de leur proposer des lieux de partage, d’intégration, de participation, d’expression. Nous travaillons, en parallèle à l’enseignement, au développement des jeunes, de leurs compétences et de leur épanouissement. Nous les accompagnons dans l’acquisition d’une citoyenneté active et dans la prise de responsabilités. Au-delà des difficultés ponctuelles ou récurrentes, nous y parvenons !


Ce vendredi 13 n’est pas annonciateur d’apocalypse. Au-delà de la folie barbare et de la haine, c’est un signal d’alarme, un de plus. Nous devons en tenir compte et y réagir si nous voulons ne pas vivre, demain, dans le conflit permanent. Aussi nous en appelons aux gouvernants: il est nécessaire de proposer un contrat social et une société plus juste valorisant un vivre ensemble fondé sur davantage d’équilibre, de cohésion, de débats démocratiques et de solidarité.


De nos expériences professionnelles et de l’expérience de nos associations, nous sommes convaincus que c’est non seulement indispensable, mais aussi possible.


Signataires:


Benoît CESAR (Gîtes d’Etape), Bernard FAUVILLE (Auberges de Jeunesse), Stéphane HOUBION (Jeunes et Citoyen), Olivier LEBLANC (PPP la Sonatine), Benoit NICAISE et Nadia CORNEJO (Conseil de la Jeunesse Catholique), Julie BEN LAKHAL (ProjeuneS), Jérôme LECHIEN (Conseil de la Jeunesse de la Communauté française), Pierre EVRARD (Fédération des Centres de Jeunes en Milieu Populaire), Christophe COCU (Relie-F), Nadia ACHBANY (CIDJ), Antoinette CORONGIU (Fédération des Maisons de Jeunes), Christian BOGAERTS (SIEP), Logan VERHOEVEN et Catherine LEMAITRE (Comité des Elèves Francophones), Sophie STEVENS (Guides Catholiques de Belgique), Marie PESESSE et Xavier LAMBERT (Fédération Nationale des Patros), Philippe HEUSCHEN (Faucons Rouges), Jerôme WALMAG (Les Scouts), Luc MAHIEU (Scouts et Guides Pluralistes de Belgique), Brieuc WATHELET (FEF), Julien Brassart (UNECOF), Guillaume DEFOSSE (CNAPD), Mathilde SERRUYS (ASMAE), Christian BOILS (Coordination-CRH), Emilie DELCOURT (JOC), Laurent TOUSSAINT (Service d'Education et de Formation Populaire), Marc FANUEL (Arc-En-Ciel), Vincent BURON (Résonance), Ludovic VOET (Jeunes CSC), Angela SCIACCHITANO (Jeunes FGTB), Jean-Louis VERBRUGGEN (CHEFF), Jean-Philippe CALMANT (Maison de Jeunes le Cerceau), Geraldine FIEVEZ (AMO La CROISEE), Georges NIHOUL (BAO-Jeunesse), Damien LEFEUVRE (AMO CARS), Xavier MANCHE (Conseil Jeunesse Développement), Marilyn LIENART et Laetitia VIGNAUD (GRATTE), Olivier GERKENS (Coala), Laurence ROUFFART (Tilt-Odyssea), Stéphane HEURTER (Ego-Logique), Héloïse ROUARD (Action Ciné Medias Jeunes), Jeanne-Marie SEVAUX (Club de Jeunesse des Marolles), Xavier HUTSEMEKERS (Maison de Jeunes la Baraka), Benjamin ANCIAUX (BE LARP).


Les signataires agissent à titre personnel.


Carte blanche - Les inégalités scolaires au coeur du Pacte d'Excellence: de l'intention à la réalité de la gratuité

Carte blanche signée par un grand nombre de signataires dont le CEF. Elle a été publiée dans Le Soir ce 25 août.


A l’annonce du Pacte d’excellence, on pouvait craindre que des notions comme celles de la compétitivité, de l’adaptabilité avec le monde de l’emploi ou de la performance viennent monopoliser les débats aux dépens de la question des inégalités scolaires.


Or, les documents produits par les groupes de travail mis en place dans la première phase du Pacte au printemps 2015 abordent très largement la question de l’inégalité scolaire liée aux inégalités socio-économiques, des effets contre-productifs de la compétition scolaire ainsi que des problèmes liés à la non-gratuité de l’école.


L’avis du Groupe central publié le 1er juillet met clairement l’accent sur la lutte contre les inégalités scolaires en suggérant, parmi d’autres outils de lutte, celui d’assurer progressivement la gratuité réelle de l’école. Dans les prospectives proposées, on peut ainsi lire que « de manière à dépasser le stade du vœu pieu, une stratégie structurelle d’atteinte de la gratuité totale devrait être définie, assortie d’un échéancier précis »

De quoi se réjouir donc, et espérer que le Gouvernement qui se réunira ce mercredi 25 août retienne ce point comme prioritaire pour les futurs travaux du Pacte qui débuteront à la rentrée.


Trop de différenciations


Si la non-gratuité scolaire n’est évidemment pas la cause unique à laquelle s’attaquer pour combattre les inégalités dans l’enseignement, des nombreux témoignages de parents confirment qu’elle demeure un problème majeur.


Outre la difficulté très concrète d’assumer les frais scolaires, la non-gratuité empêche la construction d’une relation triangulaire positive entre le personnel de l’école, les parents et les enfants, avec des conséquences parfois désastreuses sur le parcours scolaire de l’élève. La sollicitation financière des parents accentue, dans la vie quotidienne de l’école, les différenciations entre enfants et entre parents : coût des collations, de la piscine, des sorties, des classes de dépaysement, participation à la fête de l’école… Avec des conséquences en termes de stigmatisation et de stratification sociale qui génèrent un impact sur la disqualification, voire l’auto-disqualification des enfants et de leurs parents qui évitent dès lors le contact avec l’école.


Ecole parfois inabordable


Pourtant, notre Constitution garantit un accès à l’enseignement gratuit jusqu’à la fin de l’obligation scolaire. De fait, de nombreux frais exigibles légalement (garderie, piscine, repas, excursions, internat…) ou illégalement (journaux de classe et photocopies en primaire, activités extra-scolaires obligatoires…) rendent l’école inabordable pour certaines familles. A cela s’ajoute le renforcement des différences entre écoles, très justement souligné dans les travaux du Pacte d’excellence : il y aurait d’une part des écoles bon marché, voire réellement gratuites, et d’autre part des écoles chères, voire très chères. Les parents font alors leur «marché» en fonction des moyens financiers dont ils disposent et renforcent ainsi la ségrégation entre écoles pour « pauvres » et écoles pour « riches ».


On ne peut plus aujourd’hui tergiverser parce que tout le monde s’accorde à dire que la formation est essentielle pour l’épanouissement des individus, pour le développement socio-économique, pour la prise d’initiative et l’inventivité, pour la dynamique démocratique ; étant donné que la gratuité scolaire est prévue constitutionnellement ; que 4 enfants sur 10 vivent dans une famille en situation de pauvreté à Bruxelles et 1 sur 4 en Wallonie.


Initiatives insuffisantes


Les initiatives louables mises en place de façon volontaire par certains enseignants, des écoles ou des associations de parents, ne suffisent pas. De même, les évolutions législatives positives (l’annonce des frais scolaires et la facturation, les quotas de participation aux voyages scolaires) ne sont pas à la hauteur de l’enjeu.


Selon nous, sans un engagement politique structurel fort, cet échec du système scolaire perdurera.

A la veille des rentrées parlementaire et scolaire comme de la reprise du travail sur ce Pacte, nous demandons que la question de la réduction des inégalités soit au cœur du débat : l’inclusion scolaire, la lutte contre la relégation, et la promotion d’une école émancipatrice pour tous les enfants. L’autorité publique doit résolument s’engager dans la construction d’un plan stratégique avec en ligne de mire la gratuité au sein d’un enseignement de qualité.


Nous serons aux côtés des personnes et des associations concernées par les travaux du Pacte pour un enseignement d’excellence et impliqués dans toutes les initiatives constructives qui seront mises en œuvre.


Christine Mahy – Secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, Nicolas De Kuyssche – Directeur du Forum bruxellois de Lutte contre la Pauvreté, Bernard De Vos - Délégué général aux droits de l’enfant, Joëlle Lacroix – Secrétaire générale de la Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel, Delphine Chabbert – Secrétaire politique de la Ligue des Familles, Henri Bartholomeeusen - Président du Centre d’Action Laïque, Séverine Acerbis - Directrice de Badje ASBL, Frédéric Ligot – Secrétaire politique du Mouvement Ouvrier Chrétien, Pierre Verbeeren – Directeur général de Médecins du Monde, Frédérique Van Houcke – Directrice de la Coordination des ONG pour les Droits de l’Enfant, Laurence Denis – Maître assistante en pédagogie à la Haute Ecole Schuman, Chantal Massaer - Directrice d’Infor Jeunes Laeken, Marc Jacquemain – Professeur de sociologie à l’Université de Liège, Myriam Saduis – metteur en scène, Jean Blairon – Directeur de l’ASBL RTA, Idesbald Nicaise – Professeur KU Leuven, Simon Niset – coordinateur du réseau Solidarcité, Véronique Martin - Coordinatrice à la Fédération des Travailleurs de Rue, Jacques Liesenborghs, Patricia Valepin – Directrice de l’AMO Mille Lieux de Vie, Anne Collet, Carla Nagels – Professeur de criminologie à l’Université Libre de Bruxelles, Semra Umay – Directrice de l’ASBL C-page, Ariane Baye – Professeur à l’Université de Liège, Christine Longrée - Coordinatrice de l’ASBL Dominos La Fontaine, Myriam Sommer – Membre du Comité de gestion du Fonds Houtman, Noëlle De Smet – Membre active de Changements pour l’Egalité, Benoît Van Keirsbilck – Président de Défense des Enfants International Belgique, Henri Wittorski, Christelle Trifaux – Directrice du Service Droits des Jeunes de Bruxelles, Madeleine Guyot – Directrice de l’AMO Samarcande, Khaled Bouttafala – Directeur de l’AMO AtMOsphères, Hugues Delforge – Maître assistant à la Haute Ecole Paul Henri Spaak, Xavier Dumay – Professeur en science de l’éducation à L’université Catholique de Louvain, Laurent Nisen – Panel démographique familiale Université de Liège, Stéphanie Demoulin – Coordinatrice de la Fédération francophone des Ecoles de Devoirs, Logan Verhoeven – Président du Comité des Elèves francophones, Pascale De Coster – Fondatrice de l’Asbl TDA/H Belgique, Patoux Macaux – pour le Compagnie du Campus Asbl, Frédérique Mawet – Secrétaire général de Changements pour l’Egalité, Edwin de Boeve – Directeur de Dynamo International, Baptiste De Reymaeker – Coordinateur de Culture et Démocratie, Eric Mangez – Sociologue à l’Université Catholique de Louvain, Christine Steinbach – Présidente communautaire des Equipes Populaires


Liste complète des signataires sur www.rwlp.be


Communiqué de presse: Évaluations externes certificatives, la fin de la récré doit sonner !

Le Comité des Élèves Francophones (CEF) a suivi avec consternation la saga des évaluations externes certificatives dans l’enseignement secondaire (CE1D et CESS) et du CE2D. Fuites des questionnaires, vente des questions à la sortie des écoles, annulation d’épreuves,… le CEF déplore qu’une nouvelle fois les élèves soient les premières victimes d’un système scolaire mal pensé.


Nous sommes en 2015 et tout laisse à croire que la Communauté française vient seulement de découvrir l’existence des réseaux sociaux et des smartphones. Le système mis en place pour l’organisation de ces épreuves relève d’un certain amateurisme au regard des enjeux annoncés.


Depuis des semaines, la pression monte et tout le monde se focalise sur l’enjeu de réussite de ces épreuves. Les élèves sont donc soumis à un stress intense que les péripéties de cette session ne font qu’augmenter, laissant en plus les élèves dans l’angoisse de la suite des événements et de la réussite de leur année.


Pour le CEF, c’est la question de l’utilité même de ces épreuves externes certificatives qui se pose aujourd’hui. A quoi veut-on qu’elles servent ? A remplir les pages des journaux de conseils en tout genre ? A rassurer les parents sur le niveau de leur enfant par rapport aux autres élèves ? A situer les établissements dans un classement sur le marché scolaire ? A démontrer de manière objective l’inégalité du système scolaire ? Ou bien est-ce qu’elles ont un véritable intérêt pédagogique ?


Pour le CEF, la réponse est claire : on ne peut pas faire reposer la réussite ou l’échec d’un élève sur un seul test qui ne fait, finalement, que pointer à quel point le système scolaire francophone est inégalitaire. Les fuites de ces derniers jours démontrent que la gestion de ces documents confidentiels n’est pas des plus rigoureuses et que le fait que ces épreuves se déroulent dans chacun des établissements et non dans un lieu plus centralisé, comme pour les épreuves du CEB, est sans doute un facteur trop favorable pour les personnes peu scrupuleuses qui ont été à l’origine de ces fuites.


Tous les élèves ne sont pas égaux devant l’épreuve externe certificative. Aujourd’hui, alors qu’une commission spéciale de l’éducation s'est réunie ce lundi dans l’urgence au Parlement de la Communauté française afin de faire la lumière sur la crise et la gestion de celle-ci, le CEF souhaite qu’une réflexion à plus long terme soit menée. Nous demandons une évaluation sereine de l’intérêt de ces épreuves pour les élèves d’ici trois ans afin de disposer de données objectives sur 3 cohortes d’élèves. Et au terme de cette évaluation, le CEF demande qu’on examine la possibilité de mettre plutôt en place une évaluation continue des acquis des élèves et un système de remédiation immédiate en cas de difficultés.


Enfin, à l’instar de la Ministre de l’Éducation, le CEF s’oppose également à la non réinscription ou à l’exclusion des élèves qui auraient partagé les questions avec leurs amis. Ces sanctions seraient totalement disproportionnées alors que ces élèves ne partagent absolument pas la même responsabilité que les personnes à l’origine de ces fuites.  


Communiqué de presse: Cours de citoyenneté, allons jusqu'au bout de la démarche!

Alors que la Ministre de l’Enseignement présentera cette semaine au Gouvernement son avant-projet de décret concernant le cours de citoyenneté, le Comité des Élèves Francophones (CEF) souhaite attirer l’attention de tous les acteurs sur l’importance de ne pas bricoler un cours de citoyenneté fourre-tout mais bien d’aller au bout du processus amorcé.

 

Pour le Comité des Élèves Francophones, le cours de citoyenneté devra surtout permettre aux élèves de comprendre l’actualité politique, économique et sociale, d’appréhender le monde dans lequel ils vivent, de connaître leurs droits, d’acquérir des outils d’ouverture sur le monde, de développer leur esprit critique et de débattre.

 

Logan Verhoeven, Président du CEF, précise : « la citoyenneté à l’école ne doit pas être cantonnée à un seul cours de 30 petites périodes par an ! Elle doit pouvoir s’exercer tout le temps : pendant le cours de citoyenneté, pendant les autres cours et en-dehors des cours. C’est à l’intérieur de chaque cours que le processus réflexif et citoyen doit être construit. Il est donc indispensable d’être cohérent avec ce qu’on promeut. ». En parallèle à l’instauration d’un cours de citoyenneté, il faudra, d’une part, renforcer les processus démocratiques et les modalités de participation des élèves aux décisions qui les concernent au sein de l’école et, d’autre part, aménager des espaces de débat et de questionnement pendant les autres cours. En effet comment former au mieux des citoyens qu’en les intégrant pleinement aux processus démocratiques de l’école et en mettant en pratique dans tous les cours les processus réflexifs et de débat qui auront été enseignés pendant le cours de citoyenneté?

 

Au niveau du contenu et des modalités de ce cours, il nous semble également qu’après le « cours de rien », on ne devra surtout pas en faire un « cours de n’importe quoi qui serait donné n’importe quand ». Il faut garantir l’accès à un cours de citoyenneté digne de ce nom à tous les élèves, quelle que soit l’école ou la filière dans laquelle ils étudient. Des balises devront aussi être mises en place quant à la formation des professeurs et à l’appel à des intervenants extérieurs. Pas question, pour le CEF, que l’école soit autorisée à faire appel à la police pour parler de l’impact des drogues sur la santé, à Monsanto pour parler d’alimentation saine ou à des mouvements pro-vie pour parler des relations affectives et sexuelles…

 

Enfin, sur l’agenda, le CEF demande que le processus participatif prévu pour la mise à place de ce cours inclue également les élèves. Que ce soit via la consultation du CEF mais également, au sein de chaque école, via le questionnaire qui sera envoyé début juin à l’ensemble des conseils de participation. Rappelons qu’aujourd’hui déjà, des processus citoyens incluant les élèves existent au sein des écoles. Il serait dommage de passer à côté pour un sujet si important…

 


Communiqué de presse: Le CEF veut un pacte dont les élèves sont des acteurs à part entière


Ce lundi 26 janvier, la Ministre de l’Enseignement obligatoire lance officiellement son Pacte pour un enseignement d’excellence à Namur. Pour le Comité des Elèves Francophones (CEF), si le Pacte veut atteindre ses objectifs, il lui faudra associer de manière étroite les acteurs centraux de l’enseignement : les élèves !

 

Pour Logan Verhoeven, Président du CEF, « cela ne pourra pas se faire sans les élèves. Les élèves sont des acteurs à part entière du monde scolaire. Ils doivent donc pouvoir participer à l’ensemble du processus et pas seulement être considérés comme des cibles dont on veut augmenter le niveau et faciliter la transition vers le monde du travail ».

 

Le CEF sera dès lors très attentif aux modalités et aux balises prévues dans le cadre du Pacte de la Ministre. Si la réflexion vise à remettre les enseignants au cœur du processus, le CEF demande que ce soit également le cas des élèves. Et ce, d’autant que les événements tragiques de ces dernières semaines nous rappellent à quel point l’école doit aussi être un lieu d’apprentissage de la citoyenneté et du vivre-ensemble.

 

Pour le Président du CEF, « l’école du futur c’est aussi une école où la participation des élèves est au cœur du projet scolaire. Aujourd’hui, l’application du décret Missions de 1997 n’est pas optimale et les structures de participation qui y sont prévues ne sont parfois pas mises en place dans les écoles, ne permettant pas aux élèves d’être des citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires déjà pendant leur scolarité. ».

 

Enfin, le CEF rappelle que s’il est indéniable que les filières professionnelles techniques doivent être valorisées au même titre que l’enseignement général, il est absolument hors de question que cela passe par la marchandisation de l’éducation. Le CEF s’oppose fermement à ce que l’école devienne une petite entreprise qui fonctionne selon des codes de rentabilité et de compétitivité. Elle doit rester indépendante dans ses choix et évoluer en dehors de toute contrainte économique.

 

Logan Verhoeven insiste : « On ne peut attendre de l’école qu’elle transmette uniquement des compétences adaptables au marché du travail, au détriment d’autres matières tout aussi importantes pour le développement des jeunes. Chaque élève doit recevoir un savoir complet qui lui permettra de comprendre la société dans laquelle il évolue et d’en être un acteur à part entière. »



Communiqué de presse: L'école n'est pas à vendre!


Cet été, le gouvernement dévoilait sa déclaration de politique communautaire dans laquelle un long volet est dédié à l'enseignement obligatoire et plus particulièrement à la revalorisation des filières qualifiantes. Si les intentions semblent louables, elles ont toutefois attisé notre méfiance.

 

A l'instar de nombreux pays européens, la nouvelle majorité souhaite que les programmes scolaires soient plus en adéquation avec les réalités du marché. Le discours est rôdé : s'il y a autant de chômage chez les jeunes, c'est parce que la formation n'est pas adapté au monde de l'entreprise. Il faut donc renforcer les ponts entre les 2 secteurs afin de mieux coller aux exigences du marché.

 

S'il est indéniable que les filières professionnelles et techniques doivent être valorisées au même titre que l'enseignement général, pour le CEF cela ne passe pas par la marchandisation de l'éducation. L'école ne doit pas devenir une petite entreprise qui fonctionne selon des codes de rentabilité et de compétitivité. Elle doit rester indépendante dans ses choix et évoluer en dehors de toute contrainte économique. On ne peut attendre d'elle qu'elle transmette uniquement des compétences adaptables au marché du travail, au détriment d'autres matières tout aussi importantes pour le développement des jeunes. Chaque élève doit recevoir un savoir complet qui lui permettra de comprendre au mieux la société dans laquelle il évolue.

 

Logan Verhoeven, président du CEF ajoute : « De nombreuses initiatives veulent soutenir et développer les capacités d'entrepreneuriat et de leadership chez les plus jeunes. Or le rôle premier de l'école n'est pas, de préparer les élèves à trouver un emploi mais bien d'en faire de futurs citoyens critiques, solidaires et responsables. Il s'agit d'ailleurs d'un des buts du décret missions ».

 

De plus, nous tenons à tirer la sonnette d'alarme : le secteur marchand exigera à terme un retour sur investissements. Permettre aux entreprises de s'ingérer dans les programmes scolaires risque bien de donner lieu à de nombreuses dérives : publicité cachée, main d’oeuvre gratuite pour effectuer les basses besognes, formation dispensée par certaines enseignes peu transposable à d'autres sociétés,...

 

Pour le CEF, la manière la plus efficace de revaloriser l'enseignement professionnel et technique est l'instauration jusque 16 ans d'un véritable tronc commun, dans lequel les cours polytechniques auraient leur place. En effet, si dès le plus jeune âge, les enfants suivaient au même titre, cours traditionnels et cours plus manuels, comme c'est le cas en Finlande par exemple, ils pourraient, en tout connaissance de cause, choisir en temps voulu, le métier qui leur convient. Toutes les professions et toutes les formes d’intelligence seraient ainsi valorisées. Ce qui permettrait à moyen terme d’enrayer la pénurie de main d’oeuvre qualifiée.

 

Faire face au chômage croissant est, sans conteste, un des défis majeurs de notre époque. Et pour ce faire, il est important que chaque élève soit préparé à trouver sa place dans la vie économique et sociale. Toutefois, on ne peut voir en l'enseignement une quelconque valeur marchande. Pactiser avec les sociétés privées est un calcul à court terme dangereux. La jeunesse ne veut pas d'une société basée sur l'individualisme et la concurrence !


Interview de Logan, Président du CEF, dans Le Soir


Ambition et coupe budgétaire ne font pas bon ménage

 

Fin juillet, le voile a été levé sur la nouvelle déclaration de politique communautaire. Une déclaration importante puisqu'elle annonce la couleur des 5 prochaines années pour l’enseignement ... tout du moins en théorie. Car quelques jours plus tard, le couperet est tombé : il faudra économiser 140 millions en 2015 et 280 millions en 2016. Dès lors, cette DPC pose question à bien des égards et soulève quelques inquiétudes.

Tout d'abord, comme nous l’avons déjà souligné la semaine dernière, tous les élèves de rétho de la Fédération Wallonie-Bruxelles devront passer l'équivalent du bac français, en fin d'année, afin de pouvoir accéder aux études supérieures de leur choix. Il ne sera pas tenu compte des filières que chaque élève aura choisies puisqu’il s'agira d'épreuves communes dans toutes les matières testées.

 

Le tronc commun sera allongé jusqu’à la fin de la 3ème secondaire, il devrait être plus polytechnique et permettre l’orientation positive vers les filières qualifiantes. Une initiative qui laisse le CEF plutôt perplexe, étant donné que les cours qui seront ajoutés au cursus général seront « scientifiques, techniques et technologiques ». Dès lors comment mettre en valeur les métiers manuels et permettre un choix réel pour les élèves, quand ceux-ci n'auront jamais pu, expérimenter de près ou de loin ces professions ?

 

Une des mesures les plus détaillées dans cette DPC, est justement la revalorisation des filières qualifiantes. Pour la nouvelle majorité, cela passe surtout par un renforcement des liens entre l'école et l'entreprise. Afin de mieux coller aux standards et aux exigences actuels, les professionnels des secteurs concernés viendront ainsi dans les classes afin d'informer les jeunes sur les réalités du terrain. La première chose qui nous a frappés dans ce volet, est le peu de place accordé à la pédagogie ou à la transmission de savoirs. L'avenir et le développement de l'enseignement professionnel sont envisagés à travers des techniques de management. Or s'il est indéniable que les stages en entreprises représentent une véritable plus-value pour les élèves, ils doivent être encadrés par des règles claires. Les sociétés, qu'elles soient publiques ou privées, ne peuvent voir en ces jeunes une main d'œuvre gratuite. Le CEF s'inquiète de voir le privé s'ingérer dans le bon fonctionnement de l’école. Les risques de dérives de patrons peu scrupuleux, intervenant pour faire leur publicité, sont bien réels.

 

Pour ce qui s'annonce comme le positif de cet accord nous notons le souhait du Gouvernement de développer la remédiation immédiate et de créer en urgence de nouvelles places dans les écoles. Pour ce faire, 750 profs devraient être engagés afin d'assurer le soutien scolaire et réduire ainsi le redoublement et 20 millions devraient être dégagés pour faire face au boom démographique surtout dans les communes les plus demandeuses. Si nous ne pouvons qu'applaudir ces mesures, nous restons toutefois méfiants : aucun calendrier n'a été établi, les propositions restent très vagues mais surtout nous nous interrogeons sur comment ces projets vont être financés à l'heure où l'austérité est annoncée comme seule réponse à beaucoup de questions. Idem pour l'heure d'étude gratuite pour tous les élèves du primaire imaginée par le gouvernement : une jolie promesse qui risque bien de rester couchée dans cette déclaration, faute de financements.

 

La seule mesure qui nous semble tangible est la création d'un cours commun d'éducation à la citoyenneté. Ouvrir les jeunes à la société et à ses enjeux est une des plus grandes priorités du CEF. Nous saluons donc l’initiative même si une heure par semaine, nous semble peu. Le gouvernement veut également « associer les élèves à ce pacte afin qu'ils puissent être entendus sur leurs préoccupations à l'école ». Un engagement pris depuis 1997, mais peu respecté dans les faits, avec la création du Décret Missions et de son volet sur la participation. Nous veillerons donc à ce que la voix des jeunes soit entendue lors de cette mandature.

 

Pour le CEF, ce qui s'annonce comme le plus gros point faible de la DPC, est sans conteste le manque d'engagement pour améliorer la gratuité scolaire et permettre un enseignement de qualité pour tous. Les timides dispositions envisagées, sont bien éloignées des promesses électorales. Les repas et les garderies gratuites ont fait place à des idées beaucoup moins ambitieuses. L'instauration de plafonds clairs pour les voyages et les excursions ne sont, quant à eux, même pas évoqués. Si tout un chapitre est consacré à l'égalité des chances et des acquis, les termes sont flous et les propositions avancées manquent d’implication. Le gouvernement « veillera », « encouragera », « souhaite »... mais ne mettra rien en place de concret pour relancer l’ascenseur social.

 

Pour Marie-Martine Schyns, Ministre sortant de l'Enseignement Obligatoire, la DPC est « ambitieuse et créative ». Ce à quoi elle ajoute, « La créativité, c'est justement dans les difficultés qu'on la reconnait ». Le CEF aurait plutôt tendance à penser qu'à force de raboter les budgets, la créativité est en péril et donc l'enseignement aussi.


Elections : des lendemains aux allures de gueule de bois ?


La semaine dernière, la mauvaise  nouvelle  tombait : la future majorité PS-CDH envisage de nouvelles coupes budgétaires de près de 300 millions pour l'enseignement de la Communauté française. Même si l'info reste à  prendre  avec des pincettes car les chiffres  n'ont pas encore été confirmés, les syndicats et pouvoirs organisateurs  ont rencontré  les   formateurs du futur gouvernement. Il y a peu, le CEF avait analysé les propositions électorales des  principaux partis démocratiques du paysage francophone. Certains partis, ont-ils, déjà, oublié les belles promesses ?

 

Depuis quelques jours, les négociateurs wallons et bruxellois tentent de fixer un cadre budgétaire pour la nouvelle majorité à venir. Rien n’est donc définitif mais on parle déjà de 300 millions d'économies pour l'enseignement. La mesure serait appliquée en deux étapes : 150 millions en 2015 et 150 millions en 2016. Les chiffres n’ont pas été confirmés mais ni le PS ni le CdH, en charge des négociations, ne les ont infirmés.

On peut déjà légitimement se demander où seront prélevées ces économies. Dans les frais de fonctionnement et les infrastructures ? Impossible. Ces budgets ont déjà subi pas mal de rabotements et nombre d'écoles ont besoin de restaurations et d'aménagements.  A Bruxelles, on manque de places, il faut construire de nouvelles écoles, cela coûte cher. L'année dernière, les écoles de la communauté française ont déjà vu leur enveloppe « fonctionnement   » amputée de 25%. Il  semble donc exclu de puiser une fois de plus de ce côté-là.

 

Où faire des économies alors ? Même si le chiffre de 300 millions  d'euros d'économies  n'a pas été encore exactement confirmé, on peut toutefois déjà imaginer, les pertes sèches que ces mesures vont occasionner. Lorsque l'on sait que 87% du budget de l'enseignement obligatoire est dédié aux frais de personnel, la réponse semble toute trouvée. Difficile d'imaginer que les directions d'établissement, le personnel administratif, les éducateurs, mais aussi et surtout les profs ne soient pas directement touchés par ces  coupes.

 

Ponctionner une aussi grosse somme dans les salaires, cela implique plusieurs milliers de pertes d'emplois. Or nous connaissons tous le contexte actuel de l’enseignement : les directions sont surchargées de travail administratif, le nombre d'élèves par classe est trop élevé, de 35% à 40% des profs abandonnent le métier dans les 5 premières aru1ées en raison des difficultés du métier, etc. Cette mesure pourrait donc avoir des effets  dévastateurs.

 

Pensons par exemple au redoublement  et à l'échec scolaire. Pendant la période électorale,  tous les partis étaient d'accord pour dire qu'il fallait arrêter les frais et commencer à organiser la remédiation  immédiate pour petit à petit enrayer le redoublement,  inefficace et très cher (400 millions par an) pour le gouvernement. Mais comment repenser ce système sans un minimum de moyens mis à disposition ?

 

L'enseignement  devrait pourtant être une des priorités  absolues du gouvernement.  Les besoins sont multiples et criants. La future majorité PS-CdH , qui a été en charge de l'enseignement  à tour de rôle durant les 20 dernières années, sait mieux  que quiconque que notre enseignement reste l'un des plus inégalitaires  d'Europe. Le seul moyen de relancer l'ascenseur social en panne depuis longtemps est d'investir dans sa jeunesse  et non de la sacrifier.

 

Les différents partis semblaient pourtant l'avoir compris, en plaçant l'enseignement   au centre de leurs programmes. Le CdH promettait ainsi d'investir dans les écoles de devoirs, de rendre les garderies et l’accueil extra-scolaire gratuit, etc.  Le PS plaidait en faveur de la gratuité des garderies, mais aussi des repas de midi pour tous les enfants. Il proposait également d'engager 1000 nouveaux profs pour lutter contre l'échec scolaire !  A cela ajoutons que tous les partis s'accordaient également sur la nécessité de créer d'urgence  des places dans les écoles. Que va-t-il advenir, aujourd'hui des 13 750 places supplémentaires promises d'ici 2017 sans nouveaux profs possibles?

 

Le temps des promesses électorales a maintenant fait place à celui des négociations gouvernementales. Le CEF, plus que déçu, est surtout inquiet de voir que la futu re majorité s'apprête sans doute à asséner une fois de plus un coup extrêmement dur à notre système scolaire. Le CEF suivra de près les évolutions de ce dossier et espère que les vacances laisseront le temps aux négociateurs de réfléchir à l'impact de telles mesures...



Le tronc commun en Belgique existe-t-il vraiment ?

La semaine dernière, le CEF dressait un petit topo des promesses électorales faites par les partis politiques, sur quatre grandes thématiques propres à l'enseignement : redoublement, frais scolaires, inscriptions, entreprenariat. Un autre sujet, très important mais finalement peu traité dans les programmes, a attiré notre attention : celui du tronc commun appelé continuum pédagogique en Belgique.

 

Actuellement en Fédération Wallonie-Bruxelles, l'enseignement secondaire est divisé en 4 filières : général, transition technique ou artistique et professionnel. La première et la deuxième année constituent le premier degré, qui fait partie d'un continuum pédagogique, pendant lequel, à priori, les élèves ne peuvent pas doubler. C'est en troisième que le choix de la filière arrive. Si en théorie, les jeunes peuvent choisir avec laquelle d'entre elles, ils ont le plus d'affinités et veulent poursuivre leur parcours, il s'agit en réalité souvent d'une relégation négative des élèves en difficultés. Or à Bruxelles comme dans d'autres régions, le manque de qualification est le principal responsable du chômage des jeunes. En suivant ces voies, ceux-ci sont pourtant quasi assurés de trouver un emploi à la sortie du secondaire tant la pénurie est grande pour certaines professions manuelles. Mais comment demander à des jeunes de voir aussi loin alors qu'on leur donne la désagréable sensation qu'ils sont punis ? Pire, les dés semblent pipés d'avance : en effet, les enfants issus des communes à indice économique faible y sont plus facilement relégués. Pour exemple, seul 30% des enfants vivants à Saint-Josse sont maintenus dans le général à partir du second degré.

 

Un peu d'histoire

 

Pour comprendre, d'où vient le continuum pédagogique, il faut replonger dans les années 70 à l'époque de la réforme de l'enseignement secondaire rénové. Un des principaux buts de celle­ ci était de diminuer les différences, déjà présentes à l'époque, entre enseignement général et technique. Il fallait permettre à tous une égalité de traitement devant la réussite mais aussi d'éviter les choix trop précoces. La volonté était de refondre l’enseignement en une seule et même école mêlant les quatre filières jusque 14 ans afin de donner aux élèves une vision globale du monde du travail. Contrairement à notre système actuel qui ne fait place qu'à l'intelligence logico-mathématique et verbale-linguistique, cette école, très moderne, permettait à toutes les formes d'intelligences de se révéler.

 

Avec l'arrivée du décret Missions en 1997, les choses changent et l’égalité d'accès fait place à l'égalité des acquis. En effet, des socles de compétences à atteindre à la fin de la 2ème et 6ème primaire et de la 2ème secondaire sont établis. On ne laisse plus le temps aux enfants d'assimiler la matière. Réussir ces examens représente la condition sine-qua-non pour accéder au secondaire général et pour y rester. Au stress de ces nombreux examens sont venus se greffer d'autres tests externes Le CE 1D en fin de premier degré, soit seulement deux ans après le CEB, et obligatoire depuis 2012. Et le TESS à la fin des secondaires générales, lui aussi devenu inévitable depuis 2013, et auquel il faudra dès cette année ajouter deux nouvelles matières à réviser en plus du français et des maths : les langues modernes et les sciences. À ces tests généraux, rajoutons toutes les interrogations à préparer tout au long de l’année. Au final, communauté française, les élèves passent presqu’autant de temps à être sondés sur leurs connaissances qu’à réellement apprendre.

 

L’exemple finlandais

 

A titre de comparaison, l’enseignement finlandais prévoit un véritable tronc commun jusque 16 ans, pendant lequel les élèves n'ont pas à s'angoisser du temps qu'ils ont pour comprendre la matière. En effet, jusque 14 ans leur système d'évaluation est non sanctionnant. Il n’est là que pour indiquer les lacunes afin d'y remédier au plus vite par des cours de rattrapage immédiats. Le redoublement est quasi inexistant (moins de 1%). Notons également que leur cursus est pluridisciplinaire, faisant la part belle tant aux cours traditionnels qu'au cours plus techniques. Les jeunes peuvent ainsi s'initier au théâtre, à la musique, à la danse, à la mécanique ou à la couture tout au long de leur parcours scolaire. Arrivés à la fin de ce tronc commun, ils sont suffisamment armés pour pouvoir choisir vers quel métier s'orienter. Toutes les professions et toutes les formes d'intelligence sont valorisées permettant ainsi d'avoir de la main d'œuvre qualifiée dans tous les domaines qui forment la société.

 

Nouveau décret

 

Il y a deux mois, en fin de mandat, le CDH réaffirmait sa volonté de consolider le tronc commun dans le but de « revaloriser les filières techniques et professionnelles ». C'est ainsi que le 10 avril 2014, le décret relatif à l'organisation pédagogique du 1er degré de l'enseignement secondaire a été voté. Au programme, de très timides aménagements: sept domaines d'activités complémentaires ont été définis et les écoles ont le libre choix d'organiser, ou pas, 4 périodes par semaine parmi celles-ci. Quels sont ces nouveaux cours censés diversifier l'apprentissage des jeunes ? Le français, la langue moderne, les sciences et les mathématiques, les sciences humaines, les activités artistiques, les activités techniques, les activités physiques ... rien de bien nouveau par rapport à ce qui existe déjà dans les cours traditionnels.

 

Avant de chercher à consolider le tronc commun, il s’agit surtout de le créer. Le CEF milite pour un véritable tronc commun multidisciplinaire jusque 16 ans qui laisserait place aux enfants d'apprendre à leur rythme sans pressions, sans risque de redoublement. L'orientation à la fin du premier degré devrait être dictée par les aptitudes individuelles et non par les origines socio-culturelles. Nous voulons qu'une réforme repense en profondeur notre enseignement afin de préparer les jeunes correctement et équitablement aux choix qui influenceront toute leur vie.

 

Monsieur, Madame, le/la futur(e) Ministre de l 'Enseignement, la balle est dans votre camp !


Elections 2014 : de bien belles promesses


Les élections sont maintenant passées et les promesses ont été nombreuses. L'enseignement  a été au  cœur de nombreux débats et nous ne pouvons que nous en réjouir. Nous nous sommes penchés sur les programmes des 6 principaux partis francophones. Voici ce que nous y avons trouvé concernant quatre points qui nous tiennent à cœur : les frais scolaires, le décret inscription, le redoublement et les liens entre l'école et le monde de  l'entreprise !

 

FRAIS SCOLAIRES

 

CDH : Création d'un « pacte pour l'accueil extra-scolaire » afin de financer entre-autres les garderies de midi et d'organiser l'accueil pendant les congés scolaires. Le CDH préconise également le paiement  des frais par virement bancaire. En ce qui concerne le  matériel scolaire, ils veulent encourager les bonnes pratiques permettant la réduction des frais à charge des familles.

ECOLO : Nécessité de tendre vers une gratuité effective et de fixer par décret le montant des frais autorisés pour les verts. Ils souhaitent également qu'un plafond soit fixé pour les voyages scolaires. Pour le matériel, ils souhaitent généraliser les bonnes pratiques comme par exemple les commandes  groupées.

FDF : Ils souhaitent établir un plafond  de dépenses maximales.

MR : Le coût du matériel peut être réduit via une ou plusieurs centrales d'achat et un fond pour  les établissements  afin  d'acheter les fournitures.

PS : Il faut établir un plafond annuel des frais scolaires ainsi qu'un plafond pour les excursions et les voyages. Le PS réclame aussi la gratuité de la garderie sur le temps de midi, avec un repas chaud offert à chaque élève, ainsi que des études dirigées gratuites après les cours. Ils veulent également encourager le paiement des frais par virement bancaire pour ne pas  que les enfants soient impliqués.

PTB : L'enseignement doit d'être totalement gratuit. Ce qui implique pour eux que le matériel, les garderies, les activités scolaires et les repas soient pris en charge par la communauté française.

 

DECRET INSCRIPTION

CDH : Le décret doit être adapté afin de donner plus d'importance au choix des parents, aux critères pédagogiques  et à la proximité domicile/école.

ECOLO : Volonté d'évaluer le décret et de l'ajuster si nécessaire. Ils sont favorables à une procédure simple et transparente mais pensent que le décret ne résout pas tout. Ils souhaitent augmenter la mixité sociale et surtout s'assurer que des élèves moins favorisés puissent se maintenir  à flot grâce à du soutien  scolaire.

FDF : Volonté de supprimer le décret mais néanmoins  ils souhaitent maintenir une    procédure uniforme  d'inscriptions, transparente  et basée  sur des critères objectifs. Parmi ces critères, une place importante est laissée à la pédagogie.

MR : La suppression du décret est exigée endéans les trois ans. Le choix des parents et les critères pédagogiques redeviennent primordiaux et il n'y a plus d'intervention extérieure pour réguler les inscriptions. Ils souhaitent toutefois élever le niveau des écoles pour enrayer la dualité entre établissements.

PS : Pour les socialistes, il faut renforcer la mixité sociale en évitant toute forme de discrimination grâce à une véritable transparence dans les inscriptions et à la création de places.

PTB : Les inscriptions doivent se faire en fonction de la proximité géographique et dans le but de créer une réelle diversité sociale dans toutes les écoles.

Remarque: tous les partis s'accordent sur la nécessité de créer des places  dans les écoles.


REDOUBLEMENT

CDH : Investir dans les écoles de devoirs et organiser la remédiation immédiate dans la classe et dans l'école sont les priorités du CDH en matière d'enseignement. Les centristes veulent également former les profs à la détection de problèmes chez l'élève et favoriser l'implication du personnel paramédical dans le plan d'action contre le redoublement

ECOLO : Pour les verts, il faut instaurer un véritable tronc commun et mieux former les profs. Il est également important de trouver des solutions pour attirer les profs dans les écoles dites « difficiles » et de renforcer le décret « encadrement différencié ».

FDF : Il faut investir dans les écoles de devoirs et travailler pour faire changer les mentalités des parents et des enseignants sur la question du redoublement. En ce qui concerne les expériences de tutorats, elles doivent être étendues. Enfin, afin de motiver les équipes pédagogiques, le financement des écoles doivent dépendre en partie de l'amélioration des résultats  des élèves  d'années en années.

MR : Il faut permettre d'ajouter dans l'horaire de ceux qui en ont besoin une heure de remédiation immédiate et ne pas négliger l'importance des devoirs à domicile. Les libéraux souhaitent aussi lutter contre l'absentéisme à l'école en prévoyant des sanctions financières pour les parents.

PS : Il faut soutenir les initiatives telles que « classes sans échec » ou « écoles sans échec ». Ils veulent  engager  1000 profs et faire en sorte que tous les enseignants  soient formés à  la détection des difficultés chez les élèves. Ils souhaitent dans la même optique renforcer le tutorat donné par des étudiants du supérieur et créer des partenariats avec des spécialistes, les PMS,  des logopèdes, etc.

PTB : Il est important d'avoir des classes plus petites, de maximum 20 élèves, et d'organiser une remise à niveau rapide dès la première difficulté. Dans certains cas, un second enseignant peut être nécessaire en classe pour assurer la remédiation intermédiaire.

 

ENTREPRENARIAT

CDH : L'esprit d'entreprendre doit être développé notamment grâce à la création de mini entreprises, à des stages obligatoires, des partenariats, etc. La formation des jeunes doit être en adéquation avec les besoins socio-économiques. Ainsi, déployer l’enseignement en alternance est une bonne idée pour immerger les élèves dans l’entreprise.

ECOLO : Il faut favoriser les stages en entreprises dans le qualifiant pour que les élèves aient une idée des réalités  de l'emploi.

FDF : Ils souhaitent que les entreprises accueillent des jeunes pour les préparer au monde du travail.

MR : Volonté d'une association win-win entre écoles et entreprises. Des partenariats sont envisagés afin de favoriser l’embauche à la fin de la scolarité et de redorer le blason de l'enseignement  qualifiant L'enseignant doit lui aussi s'immerger dans le monde de l’entreprise afin d’être capable de transmettre l’esprit d’entreprendre.

PS : Développer l'esprit d'entreprendre est très important pour les socialistes. Ils souhaitent donc former les enseignants pour qu'ils connaissent mieux le monde de l’entreprise. Au sein de l'école, le projet d'établissement doit lui comprendre un volet consacré à l'esprit d'entreprendre L'objectif étant une meilleure adéquation entre les besoins du marché du travail et l'offre d'enseignement et de formation professionnelle.

PTB : Rien à ce sujet dans le programme PTB.

 

« Favoriser », « inciter », « encourager », « promouvoir », etc. sont autant de verbes qui reviennent très souvent dans les différents programmes. À l'image de ces verbes, beaucoup de promesses sont floues et n'engagent pas vraiment celui qui les fait. Nous ne savons pas encore à quel parti échoira le Ministère de l'Enseignement Obligatoire mais nous avons bien pris note de tout ce qui a été dit dans les différents programmes. Beaucoup de choses positives ont été promises et si le CEF n'est évidemment pas d'accord avec toutes les propositions, nous serons très attentifs dans les mois à venir aux différentes mesures qui seront prises. Et bien sûr, nous n'oublierons  pas de  rappeler leurs belles promesses à ceux qui auraient tendance à les oublier ! 


Mettre fin au harcèlement à l'école, une priorité !

Moqueries, insultes, menaces, racket, rumeurs, l'école peut parfois devenir le lieu de violences ordinaires. Selon une récente étude de l'UCL, un élève sur trois entre la 6ème primaire et la troisième secondaire, serait concerné par le harcèlement scolaire. 15% en seraient victimes, 10%, seraient harceleurs et 5% oscilleraient entre les deux catégories.

 

Les sources du conflit peuvent être multiples : origine sociale, ethnique, religieuse, orientation sexuelle, particularité physique, ou simplement bon élève envié par ses camarades. II n'y a pas véritablement de profil type de victime. II s'agit en général d'une petite différence qui est mise en exergue par le groupe. Dans certains cas, les phénomènes de violence répétées envers un enfant peuvent durer des mois voire des années.

 

Le harcèlement à l'école s'axe en réalité autour d'une relation triangulaire composé du harceleur, de la victime et du/des témoin(s). Chacun permet, par son comportement, aux deux autres d'exister. Si l'un des protagonistes ne joue plus son rôle, la dynamique de groupe est rompue. C'est pourquoi il est utile de s'attarder sur la place des témoins. Sans toujours s'en rendre compte, ils représentent pour le harceleur un soutien important. Que ça soit par leurs rires, leurs silences ou leurs prises de position afin de défendre la victime, ils ont le pouvoir de renforcer ou au contraire d'atténuer le harcèlement. En effet, dénué de public, le harceleur peut ne plus trouver d'intérêt à sa victime et lassé complètement passer à autre chose.

 

Pour la victime les conséquences peuvent être nombreuses : perte d'estime de soi, décrochage scolaire, problèmes de santé, dépression, manque de repères pour le futur, voire dans les cas les plus graves le suicide... Toutefois, les conséquences pour l’enfant harceleur sont aussi, bien réelles. Si un jeune prend l'habitude de s'exprimer par la violence, il pourra à, l'âge adulte, continuer à tyranniser son entourage car sa capacité à ressentir de l’empathie aura été pour ainsi dire réduite à néant. De la même manière que simplement le punir renforcerait son sentiment d'injustice et pourrait renforcer le phénomène plutôt que de l’arrêter. Pour les témoins, le sentiment d'insécurité et le stress pouvant être lié à la loi du silence, peuvent leurs donner une perception négative de l'école contraire aux valeurs de citoyenneté qu'elle est censée véhiculer.

 

Avec le développement des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, une nouvelle forme d'expression du harcèlement est née : le cyber-harcèlement. Si celui-ci ne semble pas avoir amplifié le nombre de victimes du phénomène, il vient en général compléter les violences répétées dans l'enceinte de l'école. Avant l'explosion d'internet, les enfants maltraités pouvaient respirer une fois rentrés à la maison. Aujourd'hui, la persécution peut être incessante car ils sont joignables en permanence par différents canaux. De plus, cachés derrière un écran, certains élèves qui n’auraient pas particulièrement participé au lynchage dans une cours de récré, viennent ici encourager et augmenter la violence des propos sans toujours en mesurer la portée.

 

Toutefois le cyber-harcèlement a permis de mettre en lumière un phénomène souvent minimisé par les adultes. « Cela a toujours existé », « ce sont des histoires de gosses », « ce n’est pas notre responsabilité » sont des excuses devenues intolérables pour beaucoup. Les parents se rendent compte peut-être plus facilement qu'auparavant des violences subies par leur enfant et ont des preuves écrites pour en attester.

Si en théorie les victimes semblent bien protégées par différents articles de lois ou de décret, dans les faits la situation est plus compliquée. Les procédures sont parfois longues mais surtout difficilement accessibles aux jeunes en détresse relationnelle. En effet, seul 5 à 15% des victimes osent en parler par peur des représailles, par honte ou par manque d'informations, à un adulte.

 

Les jeunes veulent avec le CEF interpeller les adultes sur le manque criant de solutions immédiates qui leur sont proposées quand ils se sentent engouffrés dans la spirale de cette violence à l’école. Nous voudrions qu'à terme toutes les écoles prennent le problème à bras le corps et développe, comme le prévoit l'article 8 du Décret Missions, les dispositifs nécessaires pour réduire sensiblement la violence dans les écoles. Outils pédagogiques, espaces d'écoute, personnel encadrant formé, beaucoup de choses restent à créer.

 

Le projet que nous mettons en place (et dont nous vous reparlerons en détails dans les mois à venir) vise à sensibiliser l’ensemble des acteurs des secteurs de l'enseignement et de la jeunesse. Tandis que nombre de pays européens ont pris le problème au sérieux depuis plusieurs années en organisant de vastes campagnes de sensibilisations au harcèlement scolaire, la Fédération Wallonie-Bruxelles est à la traîne en la matière. Tout au plus quelques timides initiatives ont été lancées au cours des deux dernières années. Nous désirons que la Belgique prenne exemple sur ses voisins et se donne les moyens pour enrayer le phénomène.

 

Afin de pouvoir porter le projet jusqu'aux instances concernées, nous voulons mobiliser et rassembler un maximum de personnes autour de ce projet. Si nous ne pouvons être sûrs d'arriver à nos objectifs, nous voulons ouvrir le débat pour ouvrir les yeux de la société sur cette problématique complexe !


Une réforme passée en toute discrétion

Pendant les vacances de Pâques, le gouvernement de la communauté française a réformé de façon très discrète, le premier degré de l'enseignement secondaire. Nous nous sommes penchés sur ce qui changera et certains éléments ont retenus notre attention.

 

La réforme prévoit de limiter le redoublement en première année, ce qui est une idée intéressante. En effet, on sait que tous les jeunes n'ont pas le même bagage en sortant du primaire. De plus, le premier degré de l'enseignement secondaire reste une étape compliquée pour les jeunes : changement d'école, nouveaux professeurs et rythmes différents. Jusqu'à aujourd'hui, les élèves pouvaient doubler dès la fin de leur première année ce qui leur laissait très peu de temps pour rattraper un éventuel retard.

 

Mais le redoublement de manière générale pose question. Celui-ci coûte très cher à la Fédération Wallonie-Bruxelles (421,9 millions d'euros en 2013) et diverses études montrent qu'il est inefficace. Il n'a pas d'effet correcteur, donne une mauvaise image de lui-même à l'enfant et favorise le décrochage scolaire. De plus, il est socialement injuste puisqu'il touche majoritairement les enfants issus des milieux sociaux les moins favorisés. S'attaquer au redoublement est donc plus que nécessaire et urgent. Mais vouloir le faire disparaître en première année, sans qu'aucune politique de remédiation ne soit mise en place n'a aucun sens. L'élève accumulera alors les lacunes et cela peut mettre en péril la suite de sa scolarité.

 

Deux mesures d'accompagnement des élèves en difficultés sont prévues par la réforme : le Plan d'Action Collective (PAC) et le Plan Individualisé d'Apprentissage (PIA). Le premier insiste sur le fait que l'équipe pédagogique devra mettre sur pied des stratégies pour réduire le taux d'échec de l'établissement. Le PIA quant à lui consistera en un descriptif des actions qui devront être mises en oeuvre pour amener l'élève à dépasser ses difficultés. Il s'agirait donc d'un double soutien, général et individualisé, avant que l'élève ne soit face à des difficultés insurmontables.

 

Le CEF est pourtant dubitatif : aucun moyen n'a été dégagé pour la mise en place des PAC et PIA. Les classes sont souvent surpeuplées : les professeurs ne peuvent donc pas assurer ce suivi spécifique dans de bonnes conditions. Pour que ces mesures soient réellement utiles et efficaces, il faudrait engager des professeurs supplémentaires pour accompagner les élèves en difficultés ; De plus, si la rédaction de ces plans est obligatoire, rien n'a éét mis en place pour contrôler leur bonne application. Autrement dit, cela signifie que les écoles seront « encouragées » à organiser des remédiations, mais rien ne les obligera et rien ne sera mis en place pour les aider.

 

Tout le monde s'accorde pour dire que le redoublement est un problème auquel il est grand temps de s'attaquer. Mais laisser passer des élèves dans l'année supérieure sans mettre en place de stratégie réelle pour combler leurs lacunes est une aberration. L'élève sera stoppé à un moment ou à un autre et risquera plus tard la relégation vers le technique ou le professionnel. De plus, la réforme n'apporte pas de solution structurelle au problème de l'échec scolaire : chaque école est responsable de ses élèves en difficulté. Cela revient à mettre la responsabilité d'un problème aussi global que le redoublement sur les écoles, et pire, sur les professeurs. Les mauvais résultats de nos élèves sont liés à la structure de notre enseignement, figé dans ses erreurs depuis trop longtemps : seul un plan d'action global pourrait s'avérer efficace. D'autant plus que des solutions en ce sens existent : l'obligation d'organiser des remédiations immédiates, des classes plus petites, etc.

 

« Tout cela a un coût », entend-on souvent, « il n'y a pas de moyens ». Mais si ces mesures permettent de réduire le redoublement, des fonds seraient ainsi dégagés pour financer ces projets ! Tout cela ne serait-il pas finalement qu'un question de volonté politique ?


Pas touche à l'allocation de rentrée!

 

Aujourd’hui, face à la crise, la Belgique doit se serrer la ceinture. Plutôt que de faire face au chômage croissant en investissant pour la jeunesse, le Gouvernement choisit de couper chaque année un peu plus dans le financement de l'enseignement en Belgique. L'école réellement gratuite est un lointain souvenir, resté figé dans les années 80 et l'accès à un cursus scolaire de qualité est devenu un luxe accessible seulement à certaines catégories de la population.

 

On a l'habitude d'entendre que l'école est gratuite. Mais qu'en est-il vraiment ? Il s'agit en réalité de l'accès à l'enceinte d'un établissement. C'est-à-dire qu’il est interdit de faire payer un minerval. Pour le reste, et même si l'école est obligatoire en Belgique jusque 18 ans, l’Etat n’intervient pas ou très peu. Les fournitures, les manuels scolaires sont à charge des parents. De plus, selon le Décret Missions, les écoles secondaires ont le droit d'exiger des frais pour les photocopies, pour les voyages scolaires et pour les sorties culturelles. Si en 2013, il a été exigé des écoles une vraie transparence par rapport à ces frais qui donnaient lieu à pas mal d'abus de la part de certaines écoles, les frais scolaires ne diminuent pas pour autant, bien au contraire.

 

Or lors de cette rentrée 2013, l'allocation de rentrée, versée en complément aux allocations familiales au mois d'août, a été rabotée de 15%, auxquels seront rajoutés 15 autres % à la rentrée 2014. Soit 30% en moins alors que pour bon nombres de familles, cette allocation permet de respirer un peu en cette période de grosses dépenses.

 

Le CEF s'inquiète pour l'avenir de cette prime, qui est pourtant un acquis auquel il ne faudrait pas toucher au même titre que les allocations familiales. 1 enfant sur 5 vit sous le seuil de pauvreté en Belgique, et cette aide, aussi petite soit-elle, est particulièrement essentielle aux familles déjà fortement précarisées. S’attaquer à cette allocation sonne comme une menace future pour les allocations familiales. 


Décret inscriptions: 1er bulletin 2014... encourageant mais peut mieux faire !

Ce lundi, la période des inscriptions en 1ère année secondaire a commencé pour les parents d'écoliers de 6ème primaire !

 

Cette année, moins de panique, pas de files ou de cohue. Une procédure simplifiée et identique pour tous : un formulaire unique d'inscription, reçu par la poste et à rapporter dans l'école de son choix. Toutefois la situation reste compliquée à bien des égards.

 

Cette année, le système des inscriptions présente quelques améliorations par rapport à ses versions précédentes. En effet, les parents semblent bien informés de la procédure à suivre et le formulaire unique d'inscription simplifie les choses et évite les scènes de panique. On observe également un traitement favorisant les élèves ISEF, c'est-à-dire des élèves issus d'écoles primaires moins favorisées et qui bénéficient d'un encadrement différencié. Toutefois, la situation est toujours loin d'être parfaite. Le décret reste incompréhensible et l'objectif de mixité social ne semble pas atteindre son but.

 

Pour bien comprendre la situation, il faut d'abord se pencher sur comment s'opèrera la sélection des élèves au sein des écoles dites « complètes » au terme de la première phase d'inscriptions qui prendra fin le 28 mars. Certains établissements, principalement à Bruxelles, auront reçu plus de demandes qu'ils ne peuvent offrir de places. Une sélection sera alors faite et certains enfants seront orientés vers leur 2ème, 3ème ·· · ou 10ème choix. 20,4% des places seront réservées aux élèves ISEF. Viennent ensuite les élèves prioritaires : ceux dont un frère ou une sœur fréquente l’école ou ceux dont un parent y travaille. Pour les autres, ce sera un indice composite qui permettra de les départager. Cet indice est basé sur différents éléments géographiques ainsi que sur certains critères pédagogiques. La priorité à l'adossement, c'est-à-dire le fait qu'une école primaire soit liée à une école secondaire par contrat d'adossement, est supprimée. Or n’était-il pas plus simple et plus rassurant de permettre à des enfants subissant déjà de grands bouleversements en passant à la « grande école », de rester ensemble ?

 

Nous avons testé ce fameux indice composite et si la procédure semble de prime abord simple, il n'en est rien en réalité. Le calculer demande du temps, de la patience et une bonne dose de concentration. On comprend aussi très vite que le dit système ne met pas tous les parents au même niveau sur la ligne de départ. Certains parents, « mieux instruits », pourront en effet imaginer diverses stratégies afin d'obtenir l'école secondaire de leur tout premier choix. Par exemple, le choix de l’école primaire s'avère crucial dans le calcul de l’indice composite et donc dans l'ordre de priorité. Les parents avertis ne vont-ils pas se ruer sur certaines écoles primaires ? Ne va-t-on pas alors déplacer le problème encore plus tôt ?

 

Un autre élément étonnant de ce décret est l'importance donnée aux critères géographiques. En effet, si aller à l'école le plus près de chez soi permettrait de manière utopique de supprimer le clivage entre écoles bien réputées et les autres, il n'en est en réalité rien. Le clivage social commence au sein même des quartiers. De plus, on peut s'étonner également que d'autres critères qui font partie de vrais choix éducatifs ne soient pas plus pris en compte. On pense notamment à l'immersion ou à d'autres critères pédagogiques comme le fait que le choix du réseau puisse être limité dans certains cas.

 

L'un des objectifs du décret était de favoriser la mixité sociale au sein des établissements secondaires en ne permettant plus aux directions de faire leur marché parmi les élèves. Mais cinq ans plus tard, le doute est permis quant au succès de ces objectifs premiers. Certaines directions d'écoles, peu scrupuleuses et peu enclines à mélanger les genres, font subir aux parents de réelles intimidations. De sorte que beaucoup finissent par renoncer.

 

Diverses études montrent que réguler les inscriptions en secondaire par plus de transparence constitue un élément clef pour un enseignement réellement égalitaire. Dans cette optique, le décret est un pas dans la bonne direction. Mais un pas quelque peu précipité. En effet, réguler les inscriptions devrait être la dernière étape dans la refonte de notre système scolaire. On l'observe à l’étranger : l'enseignement est égalitaire lorsque trois conditions sont remplies. Ainsi, cette régulation, pour être efficace, doit être envisagée avec la fin du marché scolaire et l'accompagnement de chaque élève en difficulté. La Finlande semble l'avoir bien compris et son système scolaire est souvent cité en exemple.

 

Le CEF ne peut donc que déplorer que le décret ne s'attaque pas au véritable problème qui est la division de notre système scolaire entre écoles élitistes et écoles abandonnées à leur sort. Il est nécessaire de reformer les choses plus en profondeur, de mettre en place des dispositifs pour lutter contre l'échec scolaire, etc. Même si le décret part d'une bonne intention et a des objectifs louables, réglementer les inscriptions dans le contexte actuel ne sert donc pas à grand-chose…


L'étau se resserre: le manque de places au fondamental va-t-il contaminer le secondaire ?

C'était la bonne nouvelle de cette fin d'année, le Gouvernement de la Communauté Française nous présentait son petit miracle de Noël : un accord entre Ecolo, CDH et PS, mené par les ministres Nollet et Antoine, permettait de débloquer 55 millions d'euros, destinés à créer 13 750 places en urgence dans les écoles, tous réseaux confondus. Soit 22,5 millions destinés à installer des pavillons modulaires et 22,5 autres millions pour effectuer de légères rénovations de bâtiments existants dans l'enseignement fondamental. Les dix millions restants seront consacrés, eux, au secondaire. Parfait donc...


Oui mais voilà depuis fin novembre, quelques ombres sont venues noircir le tableau et beaucoup de voix s'élèvent contre ce plan d'urgence pas aussi idyllique que présenté par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.


Pour le CEF, la première invraisemblance de ce plan est qu'on ne parle que de création de places, de rénovation de bâtiments sans jamais évoquer l'engagement de profs. L'un ne va pourtant pas sans l’autre. Imaginez une classe toute belle, toute neuve, remplie d'écoliers attendant inlassablement un prof qui n'arrivera pas ... Or on sait depuis longtemps que la Communauté française souffre d'une pénurie d'enseignants et que certaines classes sont déjà au bord de l'implosion avec leurs 33 élèves.


Mercredi dernier, Marie-Martine Schyns, Ministre de l'Enseignement Obligatoire, présentait l'état des lieux du nombre de places libres en maternelle et en primaire sur Bruxelles. Le constat est plutôt amer : seules 3400 places sont encore disponibles pour l’ensemble des neuf années du fondamental. Or l'augmentation est en moyenne de 2000 élevés par année et ces places ne sont pas reparties de manière uniforme sur l'ensemble du territoire. Elles se concentrent pour près de la moitié d'entre elles dans le sud de la ville là où la situation est moins alarmante. Ainsi, le taux de saturation des écoles sur Bruxelles atteint la moyenne de 97% là où les études tendent à prouver qu'il ne faut pas dépasser le taux maximum de 95% pour que cela reste supportable pour elles. Pourtant seules cinq communes sont en deçà de ce plafond.


Un problème de longue date


Face à cette situation critique, nombre de politiques se disent préoccupés et se rejettent mutuellement la faute. Ils nous parlent de l’ampleur du boom démographique comme s'il avait fallu attendre cette rentrée pour en connaitre l’envergure. Pourtant en 2010 déjà, l'Institut Bruxellois de Statistiques prévoyait que la population scolaire sur Bruxelles allait augmenter de 28 618 unités et de 22 780 unités en Wallonie, entre 2013 et 2020. Jean-Marc Nollet, Ministre du Logement, répond aux critiques, dans le Soir du 6 janvier, en se félicitant d'avoir réagi rapidement avec son plan pour 2017 qui devrait permettre de créer 23 500 places supplémentaires grâce à la rénovation et à l'aménagement de bâtiments existants et à la construction de nouvelles écoles.


Mais à l'aube de la rentrée 2014, les écoles et plus particulièrement les maternelles, suffoquent déjà et la solution miracle proposée par le Gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles n'oppresse qu'un peu plus les écoles déjà débordées administrativement. En effet, les délais impartis aux établissements pour remettre leur candidature, sont très courts. Si leur demande est acceptée, il leur faudra tous les trois ans remotiver leurs besoins afin de pouvoir continuer à bénéficier des pavillons modulaires. Sans compter que si un permis d'urbanisme est nécessaire, il incombera à l'école de faire toutes les démarches pour I 'obtenir en heure et à temps.


Par ailleurs, le plan Nollet se focalise surtout sur I’enseignement fondamental au bord de l'implosion aujourd'hui. Mais qu'en sera-t-il dans quelques années quand tous ces enfants auront grandi ? Car comme le Décret Inscriptions le démontre depuis quelques temps, le secondaire est lui aussi saturé. Quand on voit le temps qu'il a fallu au Gouvernement pour décider de bouger concrètement sur la question dans le fondamental, on ne saurait que trop leur conseiller de lancer la machine au plus vite. II est temps de prendre les mesures qui s'imposent, de construire, de rénover, de former de nouveaux profs car l'enseignement secondaire ne serait pas capable de supporter une telle augmentation sans répercussions catastrophiques pour les élèves.


Retour aux PPP ?


Autre problème majeur déjà pointé par l'Inspection des Finances : le recours à une société anonyme. Une société privée n'est pas indiquée pour décider de l'attribution aux écoles des dits pavillons. Par ailleurs, elle pose également la question de qui sera du coup le propriétaire des containers mais surtout de celle de la provenance des 55 millions. Car si l'argent ne sort pas directement des caisses de la Fédération Wallonie Bruxelles, mais qu'il s'agit d'un emprunt, il devra y avoir retour sur investissements pour la SA c'est-à-dire le payement d'intérêts. Dès lors combien coutera réellement cet investissement ? Le CEF craint un retour à un partenariat public privé, comme il avait déjà été envisagé par Maria Aréna en 2008 et qui soulevé de vraies questions éthiques. L'école ne peut pas travailler pour servir les intérêts des entreprises privées.


En ignorant volontairement l’ampleur de la question du boom démographique et en sous­ finançant depuis de nombreuses années notre enseignement, le Gouvernement se retrouve aujourd'hui contraint de trouver des solutions dans l'urgence qui ne tiennent pas compte de bons nombres de facteurs. C'est pourquoi ces 55 millions débloqués si fièrement par le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles semblent qu'être qu'un pansement sur une jambe de bois qui continue de faire de l'enseignement le parent pauvre de la Belgique.